Les boeufs tirants
Singulier mélange de gestes ancestraux et de modernité
Boeufs tirants : QUID ?
C'est une course. Comme de la Formule 1. Sauf que :
- il y a un véhicule de 500 kg à vide
- le véhicule est lesté de 800 à 1500kg
- chaque véhicule dispose de deux moteurs
- chaque moteur pèse quelques 800 à 1200 kg
- il y a une ligne de départ
- il y a une piste
- longueur de la piste : quelques centaines de mètres. Variable d'une course à l'autre
- pente de la piste : moyenne 20%, maxi 35 à 40 %
- il y a une ligne d'arrivée.
- temps maxi pour franchir la ligne : 6 minutes.
- nombre de coups de fouets maxi : 12. Le 13° est éliminatoire.
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Le parc est fermé : «les moteurs» sont là. Paisibles ? Oui, mais ils ruminent !
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Mais encore ?
- En fait : il n'y a qu'un véhicule !
- La piste, c'est comme au ski. Mais dans l'autre sens.
- A chaque tour, on change les moteurs.
- D'une catégorie à l'autre, on modifie le lestage.
- Plus le moteur est costaud, plus on charge.
- Anomalie du véhicule : il n'a pas de frein. Deux servants suivent donc avec des cales : marche arrière interdite, sous peine d'endommager gravement les moteurs.
- La piste endommagée est réparée par le pilote, dans le temps de course.
- Un équipage est un team complet, comme en F1, avec ses supporters, ses sponsors, etc.
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Un seul véhicule pour tout le monde. On ne modifie que la charge suivant la classe.
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Phase préliminaire
Préparation du couple moteur :
Les bestioles sont arrachées de leur préparation mentale ruminante.
Elles sont attachées au joug. Toujours du même côté. On peut intervertir les animaux, mais une bête abituée à un côté n'en change plus.
C'est une phase critique. Toute la force va être transmise par là : entre les cornes et le bois du joug. Le moindre défaut de la liaison et c'est la blessure assurée.
D'ailleurs, cet attelage a eu des problèmes. Le beuf noir avait mal une corne. Voir plus loin.
Je n'ai pas assisté au montage complet du joug. Mais, il est évident que c'est un peu comme on gante un boxeur : de la précision, de la précision et encore de la précision. Lors de la prochaine course à laquelle j'assisterai, j'airai voir cela de plus près.
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Installation du groupe moto-propulseur :
Les boeufs savent comment s'y prendre.
- ils s'approchent comme à la parade.
- ils reniflent, ils sentent le bois du limon.
- l'un enjambe l'obstacle comme à l'habitude.
- l'autre se range le long du bois.
- ils reculent de concert.
Et les voilà prêts à être attelés :
- relever le limon jusqu'à le glisser dans l'anneau du joug
- attention : au moindre signal, l'accélérateur agit immédiatement. Ils ne souhaitent qu'en découdre.
Sur une photo de la série consacrée à cet équipage, on compte 15 personnages en habit rouge et jaune.
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La course est lancée
Un coup de fouet claque.
Aux oreilles des bêtes, pas encore sur leur cuir !
Le départ est «sur les chapeaux de roues».
Détails de la piste :
- une pente légère, quelques degrés d'ornières cachées par l'herbe. De la routine, quoi ...
- un virage à 90° : pas facile à négocier, d'autant que ...
- un talus descendant de quelques mètres
- le gros de la course : une côte d'une centaine de mètres à plus de 30° de pente.
- l'arrivée est là haut...
- sauf si le temps imparti est dépassé (maxi 6 minutes)
- sauf si le 13° coup de fouet est donné ...
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Ligne droite d'echauffement
La piste monte légèrement.
Juste de quoi se mettre en jambe. De quoi caler le rythme cardiaque.
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Virage serré à droite
Fin de la première zone de course.
Mais !!!
- La piste part à angle droit
- Il faut franchir un talus descendant d'un mètre de dénivelé environ.
Aussi : presque tous les attelages amorcent le virage et s'arrêtent juste en bordure du talus. Le temps de laisser voir aux bêtes à quelle sauce elles sont mangées.
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Image de Dominique Seigneur
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Profiter de l'élan
L'attelage a pris un peu de vitesse grâce au petit talus.
Même si le sol est abîmé par les passages précedents, les ornières ne sont pas suffisantes pour blesser les pattes des bestioles. Cet élan est de courte durée. On a gravis un bon tiers de la côte.
Mais, ici, la pente augmente. Cela «coupe les pattes». Un arrêt s'impose ici à presque tous les équipages.
Il ne reste qu'une grosse centaine de mètres, avec un bosse à plus de 30%
Il ne faut surtout pas désorganiser les bêtes. Elles doivent fournir l'effort au même moment, sinon,une seule ne pourra pas monter et gênera l'autre.
On baisse la tête, on se cramponne au joug. Encore un effort. Le gros de la butte est passé !
Et le compteur donne 9 coups de fouets, seulement.
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La ligne d'arrivée
Ouf ! C'est passé !
- Pas d'élimination au coups de fouets.
- Temps respectable.
C'est le moment de féliciter les bêtes. De les applaudir.
Comprennent-elles ?
Ce qui est sûr, c'est que leurs noms ont été criés, scandés au plus gros de l'effort. Est-ce que cela a suffi pour que les 1000 kg de muscles s'acharnent à gravir cette montagne avec autant de hargne dans l'effort ?
Les Baroudeurs du Moule sont passé !
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Le plus gros de la pente
Et là, l'appareil est droit !
Voilà la côte que ces bêtes doivent gravir. D'accord, toute la course n'est à ce degré. Mais, il faut passer « en courant » !
C'est vraiment impressionnant de puissance à l'état brut.
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Marche arrière interdite !
Deux servants suivent les roues de la charette, prêt à tout moment à poser les cales pour éviter la reculade qui serait fatale aux boeufs.
Remarque :
PTC = 4 tonnes
, à peu près (PTC = poids total circulant)
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En marge de la course
L'objet le plus précieux ?
Sans lui, rien ne se passe.
Ce bout de bois est cajolé au plus haut point.
Chaque conducteur a le sien. Chacun est lissé plus doux qu'une peau de bébé.
Certains sont décorés comme des oeuvres d'art.
Celui que j'ai soulevé pèse de 15 à 20 kg. Peut-être plus ?
Je n'ai pas vu comment on monte cet objet sur la tête des boeufs. Comment on l'attache aux cornes avec moult précautions. Je pense qu'il y a analogie entre poser un joug et ficeler des gants de boxe.
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Objet de soins attentifs
... Comme les pieds du soldat, d'après le manuel de formation du bon militaire ***.
Ici, un soigneur répare la corne du boeuf de l'attelage rouge et jaune. En fait, c'est la douleur dans l'effort du boeuf de droite qui a gâché la course. Celui-ci n'a pas réussi à coordonner son effort avec son compagnon.
*** « Que sont les pieds ?» :
les pieds sont l'objet de soins constants et attenfifs
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Question simple :
On voit souvent des attelages de boeufs sur les routes, voyageants en petit camion.
Comment ces bestioles montent dans les camions ?
Eh bien, comme un chat saute sur une table, les boeufs sautent dans le camion. Tout simplement !
Enorme d'agilité !
Mais, on n'a pas l'avis du camion !
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Conduire n'est pas de tout repos ...
... Surtout quand c'est sa première course !
Dans le temps de la course, je ne sais pas si c'est licite. Mais, quand il fait soif, il fait soif !
Mais, cela n'a pas servi à grand chose : il est presque 6 minutes de course. Dans quelques instants, ce sera fini pour cet attelage.
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Nul doute que ...
... l'intérêt attende le nombre des années.
Ce petit bonhomme n'a pas perdu une seconde de la course.
C'est sûr, un jour, il conduira un attelage.
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La journée sera longue.
Alors, les étals de boudin antillais et autres accras sont là pour alimenter la fête.
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